À Phantom Manor, la Maison hantée de Disneyland Paris, le technicien de maintenance Olivier, 45 ans, est mort électrocuté le 2 avril 2016 à Chessy (Seine-et-Marne). Dix ans plus tard, le tribunal correctionnel de Meaux a déclaré Euro Disney coupable d’homicide involontaire.
Il effectuait une intervention d’urgence pour remplacer l’ampoule d’un projecteur de l’attraction Phantom Manor. Ce projecteur était indispensable à la sécurité des visiteurs lors de leur déplacement dans l’attraction.
Une enquête avait rapidement été ouverte et placée sous l’autorité d’un juge d’instruction. Elle a conclu qu’une série de manquements techniques et managériaux ne garantissait pas la sécurité des salariés. La zone concernée était d’un accès difficile, l’éclairage insuffisant pour l’intervention, les équipements vétustes. S’y ajoutaient un raccordement électrique avec un câble non conforme vers une prise très éloignée, l’ignorance des alertes et des recommandations du personnel, ainsi qu’un référentiel de procédures à caractère rédactionnel, qui les transformait en simples préconisations.
Le mardi 7 juillet 2026, un cadre dirigeant Disney siégeait sur le banc des accusés, aux côtés d’un homologue du bureau de contrôle Veritas. Les deux entreprises comparaissaient pour homicide involontaire. Sur le banc des parties civiles, les deux filles de la victime et le délégué de l’UNSA n’ont pas pris la parole, laissant leurs avocats les représenter. Les plaidoiries se sont succédé et se sont chacune conclues par une demande indemnitaire.
Le procureur de la République de Meaux, Jean-Baptiste Bladier, a commencé ses réquisitions de façon inhabituelle. Il a d’abord présenté ses excuses aux deux filles du défunt pour les lenteurs de la Justice à apporter une réponse judiciaire. Il a ensuite concentré ses réquisitions sur la société Disney, seule responsable selon lui de la tragédie et déjà condamnée pour des infractions au Code du travail. À l’audience du 7 juillet, Bladier avait souligné, selon Le Parisien, que les manquements aux obligations de sécurité et de prudence étaient « totalement imputables à Euro Disney ».
Ce ton à charge n’a pas échappé à l’avocate de Disney. Elle a tenté de minorer la responsabilité de sa cliente, sans trop convaincre. Sa consœur, qui défendait Bureau Veritas, a bénéficié d’une perception plus favorable et d’une demande de relaxe du ministère public.
Après un délibéré de six semaines, les juges ont relaxé la société Bureau Veritas, chargée des contrôles réglementaires des installations électriques du parc, et déclaré la société Disney coupable. L’Agence France-Presse (AFP) a appris le jugement mercredi 26 août auprès du parquet, confirmant une information du Parisien : le tribunal correctionnel de Meaux a infligé à la société Euro Disney une amende de 225 000 euros, l’amende la plus forte.
Les juges ont déclaré recevable la constitution de partie civile des deux filles du défunt et ont alloué à chacune 53 000 euros au titre du préjudice d’affection et des frais d’avocat. Pour l’une d’elles, contrainte d’assumer des charges réglées auparavant par le père, ils ont ajouté 13 000 euros. Ils ont accordé 12 000 euros à l’UNSA pour atteinte aux intérêts collectifs de la profession. Selon l’UNSA Disneyland Paris, les deux filles du salarié, parties civiles, ont obtenu « un peu plus de 113 000 euros de dédommagement », dix ans après l’accident.
« Ce jugement ne ramènera pas notre collègue Olivier, mort en intervenant en urgence sur une attraction, mais on espère qu’il fera prendre conscience à la direction qu’elle fait prendre des risques à ses salariés, avec des équipes de maintenance en sous-effectif chronique », a réagi auprès de l’AFP Antonio Ferreira, secrétaire général de l’UNSA Disneyland Paris. Dans un message sur le réseau social X, le syndicat avait écrit : « Ce jugement dit une chose simple, le professionnalisme d’Olivier n’a jamais été en cause. Ce sont l’organisation du travail, le sous-effectif chronique et des conditions de travail dégradées qui, encore aujourd’hui, mettent en danger les salariés de la maintenance. »
Le jugement de Meaux ne ramène pas Olivier. Il désigne toutefois une responsabilité : Euro Disney est coupable, Bureau Veritas est relaxé. Des indemnités ont été allouées aux filles et à l’UNSA. L’espoir du syndicat demeure que la direction reconnaisse les risques qu’elle fait courir à ses salariés, selon cette lecture.
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